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Blog Editor

May 23rd, 2013

Guinée – la tour vacillante de l’Afrique de l’Ouest

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Estimated reading time: 5 minutes

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Alors que les tensions ethniques s’accroissent, l’ancien élève de LSE, Olivier Bucyana appelle les pays voisins et les organisations régionales à faire en sorte que la coalition au pouvoir et celle de l’opposition restent en contact.  Ce message  est apparu à l’origine sur les site internet de l’ Open Society Initiative for West Africa (OSIWA).

La Guinée, bénie , ou certains diraient maudite, par ses ressources naturelles abrite les plus grandes réserves de minerais de fer dans le monde y compris 30% des réserves connues de bauxite et d’autres métaux comme l’or ou les diamants, juste pour n’en citer que quelques uns. Alors que la Guinée est aussi connue sous le nom de « la tour d’eau de l’Afrique de l’Ouest », le potentiel pour l’énergie hydroélectrique est immense, mais à la campagne l’électricité est rare et à Conakry les coupures de courant font partie de la vie de tous les jours. Ce paradoxe semble refléter la crise politique actuelle que ce pays est en train de connaître.

Guinea-mountain

De nombreuses raisons peuvent expliquer cette situation politique actuelle en Guinée, mais une raison en particulier semble se démarquer des autres : le paysage ethno-politique du pays. Aujourd’hui les Guinéens aiment décrire leur pays comme divisé en quatre régions « naturelles », chaque région étant associée à un groupe « ethnique » précis : la « Basse Guinée » majoritairement Soussou, les Peulhs en « Moyenne Guinée », les Malinkés en « Haute Guinée » et les Forestiers en « Guinée Forestière ».  Ceci n’est bien sûr pas un problème en soi et la répartition de groupes spécifiques dans des régions n’est pas complètement claire puisque les quatre groupes cohabitent ensemble et pratiquent des mariages mixtes. Néanmoins tous les Guinéens savent que les Peulhs et les Malinkés sont les groupes les plus importants, le premier étant représenté par Cellou Dalein Diallo dans le domaine politique, le second par le président actuel Alpha Condé.  Aujourd’hui la politique en Guinée a tendance à refléter ces divisions géographiques et « ethniques » décrites ci-dessus, non seulement parmi les simples citoyens mais aussi parmi les acteurs politiques, les partis politiques et également au sein des institutions gouvernementales.

Après cinquante ans de politique d’hommes forts, les Guinéens ont organisé leur première véritable élection présidentielle compétitive que le président actuel Alpha Condé a remportée avec 52,52% des voix au second tour. Après cette élection, les élections législatives auraient dû avoir lieu dans les six mois qui ont suivi. Bien qu’ayant été reportées à plusieurs reprises elles n’ont toujours pas eu lieu. Elles étaient prévues pour le 12 mai de cette année. La coalition des partis de l’opposition, principalement dirigée par Cellou Dalein Diallo, qui est arrivé deuxième pendant l’élection présidentielle, a perdu patience entrainant cette impasse politique que l’on peut voir aujourd’hui. Le premier désaccord entre la coalition au pouvoir et celle de l’opposition est dans l’équipement, prévu par la compagnie sud-africaine Waymark, qui doit être utilisé pendant les inscriptions des électeurs, et  le deuxième désaccord concerne le droit de vote dans les élections législatives de la diaspora guinéenne.

Pour remédier à cette situation, le président Alpha Condé a ordonné au premier ministre Mohammed Said Fofana d’organiser un dialogue entre la coalition au pouvoir et les partis de l’opposition. Les deux partis ont accepté de désigner trois médiateurs : un choisi par la coalition au pouvoir, un par la coalition des partis de l’opposition, et le dernier par une organisation régionale/internationale. Un désaccord est survenu lors de ces désignations quand le gouvernement a unilatéralement choisi le général Lamine Cissé, ancien Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en République centrafricaine, au lieu que celui-ci soit directement choisi par corps régional ou international. Pour résoudre ce problème, le gouvernement a demandé aux Nations Unies de désigner un médiateur international, ce qu’ils ont fait en nommant M. Said Djinnit, l’actuel représentant du bureau des Nations Unies de l’Afrique de l’ouest. Un autre désaccord est survenu lorsque le gouvernement a choisi deux médiateurs, Dr Koureissy Condé et Aboucar Somparé, au lieu d’un seul comme convenu au départ par l’opposition et le gouvernement. Le gouvernement est revenu sur ses pas et a décidé de garder Aboubacar Somparé comme le seul médiateur.

Ensuite est arrivé le décret présidentiel qui a choisi le 30 juin comme date pour les élections législatives, une décision que l’opposition décrit comme unilatérale. Pour protester, l’opposition est descendue dans les rues de Conakry le 25 avril et un adolescent y a trouvé la mort. D’après certaines sources il aurait été tué par la police.

Cette crise politique est en train d’intensifier les tensions entre certaines communautés. Un conflit ethnique semble de plus en plus probable. Au début de ce mois, des protestations ont entrainé des heurts entre les Malinkés, qui soutiennent généralement le président Condé, et les Peulhs, qui ont tendance à soutenir l’opposition. Des magasins ont été pillés et les protestations ont entrainé la mort de 9 personnes ainsi que 150 autres blessés. Bien que la Guinée ait pu éviter jusqu’à présent une guerre civile, contrairement à la plupart de ses voisins, cette dernière élection présidentielle et les défis qui vont survenir lors de l’organisation des futures élections législatives, sont révélateurs de divisions sociétales profondes qui peuvent continuer à définir la politique guinéenne dans les prochaines années à venir.

Il est important de mettre les intérêts de la population en avant pour résoudre l’actuelle crise politique Par exemple, un dialogue entre les dirigeants des communautés et les dirigeants religieux pourraient atténuer les tensions entre les différentes communautés en Guinée. En plus la Commission Nationale Electorale Indépendante devrait rassurer l’opposition en faisant appel à une équipe internationale d’experts pour vérifier l’équipement électoral qui sera utilisé pour les inscriptions des électeurs et fournis fourni par Waymark. Pour éviter toutes confrontations physiques, les partis de l’opposition devraient également éviter les manifestations dans les rues qui ont tendance à augmenter les risques de violences entre les communautés, mettant ainsi en péril les progrès que le pays a réussi ces dernières années. Même si les efforts sont faits actuellement en faveur du Mali, les pays voisins et les organisations régionales comme ECOWAS, ont aussi un rôle à jouer pour faciliter le dialogue entre tous les partis. Les efforts récents de médiation du président Macky Sall du Sénégal sont de ceux qui pourraient aider la Guinée en ces temps difficiles et incertains.

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Posted In: International Affairs

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