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Adolphe Bahimana

October 17th, 2020

Quel est l’impact des mœurs burundaises sur l’éducation sexuelle des adolescents ?

0 comments | 2 shares

Estimated reading time: 3 minutes

Adolphe Bahimana

October 17th, 2020

Quel est l’impact des mœurs burundaises sur l’éducation sexuelle des adolescents ?

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Adolphe Bahimana montre ici, comment les attentes sociales construites à travers la culture et les traditions burundaises font que les discussions sur la sexualité soient taboues entre parents et adolescents et plus largement au sein de la société burundaise. Pour remédier aux conséquences du manque d’éducation sexuelle de la jeunesse Burundaise, les autorités parentales, gouvernementales et locales doivent s’engager dans une conversation plus ouverte pour préserver le développement et la santé des jeunes filles.

Ce blog fait partie du projet Idjwi, un projet qui résulte d’une retraite d’écriture organisée sur l’île d’Idjwi située au lac Kivu, en RDC. Au cours de cette retraite en novembre 2019, des chercheurs se sont réunis pour redéfinir et présenter leurs sujets de recherches.

Les mœurs culturelles et religieuses au Burundi : un frein à l’éducation sexuelle des adolescents ?

Au Burundi, les adolescents représentent 23,7 % de la population totale. Parmi ces 23,7 %, 13,3 % appartiennent à la tranche des 10-14 ans et 10,4 % à la tranche de 15-19 ans d’après l’Institut de Statistiques et d’Études Économiques du Burundi (ISTEEBU), 2012).

Il s’agit d’une distribution importante, au regard de ces chiffres, car lorsque les enfants atteignent l’adolescence, les questions en lien avec la sexualité attirent davantage leur attention. Ici, au Burundi, les parents tendent à promouvoir l’abstinence chez les jeunes adolescents, insistant sur le fait que les jeunes filles ne devraient pas avoir de rapports sexuels avant leur mariage. Force est de constater qu’en pratique, la sexualité avant le mariage est une pratique courante chez les adolescents.

Ce paradoxe entre les attentes culturelles et les pratiques sexuelles menées par les jeunes, rend ces derniers très vulnérables et exposés à différents risques, en particulier pour les jeunes filles. En effet, le manque d’information et les attentes sociales en matière d’éducation des filles strictes, engendrent des expériences négatives. Ces jeunes filles ignorantes des risques associés aux rapports sexuels, sont exposées aux infections sexuellement transmissibles (IST), aux grossesses non désirées, aux abandons scolaires suite aux grossesses, aux avortements clandestins, au rejet des familles, à la stigmatisation et à la dépendance financière au conjoint.

Ces conséquences sont le résultat de mœurs sexuelles burundaises qui freinent l’éducation sexuelle des adolescents. Les parents, le gouvernement et les autres institutions administratives locales, doivent s’engager à éduquer les jeunes adolescents sur leurs sexualités et à promouvoir l’égalité sexuelle.

Les mœurs sociales et religieuses régissant la sexualité au Burundi

Au Burundi, les mœurs sexuelles sont issues des traditions locales et religieuses. Celles-ci rendent la sexualité taboue et promeuvent une pratique de la sexualité exclusivement dans le cadre du mariage.

D’après ces mœurs, lorsqu’une femme garde sa virginité, cela représente un honneur pour sa famille et montre qu’elle a reçu une bonne éducation. La virginité est également valorisée dans la dot d’une jeune fille, le jour de son mariage et toute forme de sexualité hors mariage (Ex : prostitution, rapports sexuels et grossesses avant le mariage ou hors mariage) est mal perçue par la culture burundaise. Ces pratiques sont condamnées par la société et entraînent la stigmatisation des jeunes filles. Ainsi, le foyer conjugal est le seul espace au sein duquel les rapports sexuels et la procréation sont acceptés par la société.

La religion chrétienne, largement adoptée dans le pays, a elle aussi renforcée ces normes et perceptions autour des pratiques sexuelles. Dans les valeurs chrétiennes traditionnelles, la sexualité est sacrée et uniquement autorisée dans le cadre du mariage. Par exemple, en ce qui concerne la contraception, l’Église prône une contraception naturelle. En effet, la contraception moderne (y compris l’avortement) est considérée comme un moyen de réguler les naissances. L’Église considère cette pratique comme étant contraire à la morale chrétienne et aux valeurs burundaises qui considèrent la vie comme quelque chose de sacrée.

Quelle éducation sexuelle ?

L’éducation sexuelle se fait par la transmission de normes sociales. Dans la tradition burundaise, chaque enfant est éduqué à l’image du parent de même sexe. La mère est en grande partie responsable de l’éducation sexuelle de la fille et le père est responsable de celle du fils. Cependant, les normes culturelles et sexuelles rendent difficiles les conversations entre les parents et les adolescents autour de la sexualité. Ainsi, les membres de la famille au sens large assurent souvent ce rôle d’éducateur. Par exemple, une tante donnera à une jeune fille, des conseils sur le mariage, la vie de famille et les relations amoureuses. De même, pour le jeune garçon, un oncle ou un grand frère assumera ce même rôle. Cependant, en raison du manque de communication sur la sexualité et du manque de planification familiale, les adolescents vont se renseigner ailleurs.

De plus, en rendant la sexualité taboue, les normes sexuelles actuelles ont de lourdes conséquences sur les jeunes filles. Celles-ci conduisent à des grossesses non désirées, des risques de maladies sexuellement transmissibles et une éducation limitée suite aux abandons scolaires. Les jeunes filles s’éduquent par le biais d’Internet et de leurs camarades de classe. Si certaines ont de la chance d’avoir accès à des informations correctes, beaucoup ne l’ont pas et font face à de graves conséquences. Les jeunes filles vivant en milieu urbain sont également plus à risque du fait de leur exposition à des informations impertinentes provenant de certains médias et réseaux sociaux.

Il est important d’instaurer un cadre de communication au sein des familles et à travers le pays, afin de garantir une discussion plus ouverte, mais aussi préserver la santé de ces adolescents et leur avenir en tant qu’adulte. Il est aussi important que ce même environnement social puisse garantir l’éducation sexuelle aussi bien des filles que chez les garçons. En effet, c’est par cette double information qu’une protection sexuelle pourrait être atteinte chez les adolescents.


The Idwji Writing Retreat was jointly funded by The Open University’s Strategic Research Area in International Development and Inclusive Innovation and the Centre for Public Authority and International Development (CPAID), LSE.

Photo by Git Stephen Gitau from Pexels.

About the author

Adolphe Bahimana

Adolphe Bahimana is a demographer who graduated from the Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD) at the University of Yaounde II in Cameroun in 2011. He is currently teaching at the École Normale Supérieure (ENS) in Burundi. He is also a doctoral student in demography and is working on an 'Analysis of the determinants of the sexual and reproductive health of adolescents and young people' at the University of Burundi.

Posted In: Health | Idjwi Series | Society | Translations

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