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Aaron Pangburn

José Ndala

July 29th, 2019

Cohabitation et perspectives en lien avec le retour des réfugiés centrafricains

0 comments | 3 shares

Estimated reading time: 8 minutes

Aaron Pangburn

José Ndala

July 29th, 2019

Cohabitation et perspectives en lien avec le retour des réfugiés centrafricains

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En s’appuyant sur l’exemple du village d’Inke en République Démocratique du Congo (RDC), Aaron Pelletier et José Noel donnent un aperçu sur comment une approche incluse et un soutien des communautés d’hôtes pourraient améliorer la vie des personnes déplacées.

Cet article fait partie de notre collection d’articles #LSEReturn, explorant des thèmes autour du déplacement et du retour.

Au cours des cinq dernières années, Inke, petit village située à 40 kilomètres à l’extérieur de la capitale provinciale du Nord-Oubangui Gbadolite en République Démocratique du Congo (RDC), a accueilli entre 15 000 et 20 000 réfugiés fuyant la violence en République Centrafricaine. Le camp de réfugiés de Inke est l’un des deux camps de la province (le deuxième camp est celui de Bili dans le territoire voisin de Bosobolo), mais ces deux camps n’ont pas la capacité ou le financement international pour desservir toute la communauté de réfugiées traversant la frontière.

A titre d’exemple, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), l’un des principaux partenaires internationaux du camp, n’a reçu que 12% du budget 2017 demandé pour fournir un soutien aux réfugiés d’Afrique centrale vivant en RDC, un déficit de financement de plus de $48 millions Dollars. Par conséquent, les familles d’accueil congolaises ont dû supporter une grande partie des charges supplémentaires et ont soutenu 10 683 réfugiés dans les environs de Gbadolite, et 34 230 autres réfugiés dans les communautés environnantes sur le territoire de Mobayi mbongo (où se trouve Inke).

La population locale congolaise du district du nord d’Oubangui a dû supporter une grande partie de la charge de soutien aux réfugiés du village de Inke.

Ce soutien continu est souvent une composante oubliée de l’expérience des réfugiés, d’autant plus que de nombreux gouvernements et communautés frontalières d’Europe et des États-Unis ont manqué à leur obligation d’aider les personnes déplacées en temps de conflit. Dans les situations de déplacement prolongé, où les réfugiés n’ont aucune réelle perspective de retour chez soi, c’est souvent la générosité de la communauté d’accueil et les structures de cohabitation qui soutiennent ces populations réfugiées.

Crédit photo : Aaron Pelletier

Les chiffres continuent de croître dans le nord d’Oubangui au fur et à mesure que la violence s’intensifie autour de la frontière de la rivière Oubangui dans la préfecture de la Basse-Kotto, où l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC), et  les anti-balaka s’affrontent depuis ces derniers mois. Ce contexte a limité les possibilités de retour de ce groupe de réfugiés. En 2017, lorsque les conditions étaient un peu plus favorables, 47 735 réfugiés retournaient spontanément en voiture, mais la grande majorité d’entre eux venaient du Cameroun. Ces populations bordent le coin sud-ouest du pays, une région qui a été identifiée comme l’une des seules régions suffisamment pacifiques et propices au retour (cf. stratégie nationale, p. 4). La stratégie nationale de retour, élaborée avec les Nations Unies et le gouvernement centrafricain, stipule que le retour ne devrait se faire que si cinq conditions principales peuvent être remplies:

– Consentement de la communauté d’accueil
– Sécurité
– Cohésion sociale
– Restauration de l’autorité de l’Etat
– Capacité à fournir des services socio-économiques de base

Alors que ce type d’environnement est actuellement rare de l’autre côté de la frontière centrafricaine, à Inke, les congolais et les centrafricains ont pu mettre en place un certain nombre de structures formelles et informelles pour créer un semblant de ces conditions.

Inke et les structures de cohabitation

Le camp est divisé en six zones, six blocs et vingt-quatre communes, avec un chef élu pour chacune d’elles. La Commission nationale des réfugiés (CNR) est responsable du camp, qui est supervisé par un administrateur congolais et une petite équipe policière en rotation. On retrouve également, le Comité des réfugiés dirigé par une direction de cinq réfugiés de différents groupes ethniques et un certain nombre de sous-comités: l’éducation, le règlement des conflits, l’eau et l’assainissement, les affaires sociales, la santé, la jeunesse, le sport, la coutume, la sécurité, les femmes et les aînés.

En mai 2015, après qu’un conflit lié à des promesses non tenues ait entrainer des villageois congolais à barricader l’entrée du camp, limitant ainsi l’aide humanitaire, une série d’accords ont été négociés et deux organes consultatifs clés ont été mis en place pour résoudre les conflits et réduire les tensions futures. Un comité mixte composé de 12 réfugiés et de 12 habitants du village, dirigé par le chef du village, s’occupe principalement des questions foncières locales, tandis qu’un organe plus puissant, appelé Cadre de concertation, résout les différends plus importants entre les quatre principales autorités publiques: le gouvernement congolais ( représentés par « L’Administrateur de Territoire » et le CNR), la chefferie, le Directeur du Comité des réfugiés et le UNHCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés).

Les terres sont prêtées aux familles de réfugiés pour qu’elles cultivent, s’engagent dans des activités agricoles et d’élevage et enfin vendent leurs produits sur le marché local à l’entrée du camp. Ce marché est devenu un espace de commerce, de coexistence et d’échange quotidien entre les deux populations. La cohabitation a également été renforcée par un certain nombre de mariages entre les réfugiés centrafricains et les populations congolaises, rendant de plus en plus floue la frontière entre étrangers et locaux.

En termes d’activité économique, l’arachide est l’un des produits primaires de la région d’Inke, et la dernière récolte devrait produire plus de 36 tonnes provenant de 41 hectares de plantes co-cultivées (par les réfugiés d’Afrique centrale et les agriculteurs congolais). Une évaluation récente par REACH (organisme d’ enregistrement, d’évaluation, d’autorisation et de restriction des substances chimiques), une initiative de deux ONG internationales, a conclu qu’en raison de la réglementation communale et de l’exploitation durable, Inke ne serait pas menacée par une pénurie de terres cultivables malgré l’expansion de la production agricole, mais les autorités locales craignent toujours que dans quelques années le sol puisse être gravement endommagé. Certains réfugiés ont également obtenu le droit de mobilité et peuvent se rendre à Gbadolite ou dans des villages voisins pour y pêcher du poisson, ou pour faire face à d’autres besoins quotidiens. Dans ces situations de déplacement prolongé, la mobilité sert de bouée de sauvetage et fournit aux réfugiés centrafricains la possibilité d’expérimenter un retour à la « normale ».

Le pouvoir d’achat des réfugiés a récemment été amélioré par le UNHCR et le programme alimentaire mondial (PAM) grâce à l’octroi de transferts d’argent en espèces et des bons d’achats de produits alimentaires préférés sur les marchés locaux, au lieu de se limiter à des denrées traditionnellement distribuées et des rations d’aide alimentaire. Les réfugiés ont agi stratégiquement et ont gardé certaines denrées les plus populaires, tels que le riz, l’huile de palme et le sel, qu’ils ont ensuite revendu sur les marchés locaux, aux congolais. Cette forme accrue d’autonomisation économique de la communauté de réfugiés a certes amélioré une situation difficile, mais n’a en aucun cas transformé leur vie, car ces transferts du PAM en juillet 2017 ne représentaient qu’environ 11 dollars par mois. Certains réfugiés et leurs personnes à charge ont également exprimé leur frustration face à la suppression régulière des listes des bénéficiaires de fonds, et à leur dépendance à l’égard de la promesse d’aide internationale.

Perspectives de retour

Dans l’esprit de nombreux résidents d’Inke, la promesse de leur retour est fortement attendue, car ils ont une fois de plus été informés que si leur financement arrivait en 2018, l’UNHCR pourrait être en mesure d’organiser leur retour. Alors que le retour est motivé par le désir de retourner chez soi, il repose également sur le statu quo, le soutien qu’ils reçoivent et les nouvelles terres qu’ils partagent avec leurs voisins congolais. Dans le Projet sur la « Politique de Retour » nous mettons souvent en évidence l’environnement politique et les structures d’autorité avec lesquels les personnes déplacées doivent échanger à leur retour, mais il est important d’analyser les arrangements et accords négociés avec les communautés d’accueil qui permettent de faciliter les déplacements, en particulier dans des situations de pauvretés extrêmes et de ressources limitées.

Bien que ces structures aient été mises en place, certains réfugiés demeurent encore invisibles, n’ont pas été en mesure de s’intégrer à l’économie locale et se déplacent continuellement de l’autre côté du fleuve à la recherche de stabilité. Même si le retour dans leurs communautés d’origine est une solution difficile d’accès, les praticiens, les chercheurs et les ONG internationales, devraient continuer à soutenir les programmes et les réformes offrant aux réfugiés un retour semblable à la normale. L’expérience d’Inke dans une communauté mal desservie du nord-ouest de la RDC montre que, grâce au dialogue, une approche inclusive peut améliorer un environnement difficile, mais elle doit également être complétée par un soutien international accru pour créer les conditions nécessaires au retour.

Pour en savoir plus sur la Politique de retour et notre projet de recherche sur les trajectoires de déplacement, basés au Centre Firoz Lalji pour l’Afrique et financés par l’ESRC (Conseil de Recherche Économique et sociale)  et l’AHRC (Conseil de recherche en Art et Sciences Sociales).

Photo: MINUSCA Peacekeepers Patrol PK5 Neighbourhood in Bangui, CAR. Credit: United Nations

About the author

Aaron Pangburn

Aaron Pangburn

Aaron Pangburn (@panger55) is the Senior Program Manager of the Understanding Violent Conflict (UVC) program at the Social Science Research Council.

Jose Ndala

José Ndala

José Ndala is a lecturer at the Université de Gbadolite in the faculty of law and Politics of Return researcher in the western DRC sites of Gbadolite and Gemena in Nord and Sud Ubangi provinces.

Posted In: Translations

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